L’avenir de la démocratie est-t-il vraiment en ligne?

“Nous pensons que les décisions n’ont pas à être celles d’une seule personne élue, mais qu’elles peuvent être le fait de tous les citoyens” (1): c’est à partir de cette idée de la démocratie qu’un groupe d’étudiants en sciences politiques de Buenos Aires décide, en 2012, de fonder Democracia en Red (2). Entre une fondation qui développe des outils numériques au service de la participation citoyenne et un parti politique qui les met en application (3), ce groupe de treize argentins entend construire et promouvoir la “démocratie du 21ème siècle”, un système politique qui intégrerait les nouvelles technologies aux processus de décisions.  

L’initiative s’inscrit dans un ensemble de propositions qui, depuis plusieurs années, tentent d’intégrer au champ politique les possibilités offertes par internet en vue d’une démocratie plus participative et transparente. Plusieurs organisations et partis politiques ont ainsi mis au point des outils en ligne permettant aux citoyens de se tenir au courant, de débattre, de faire entendre leurs revendications ou de participer à l’écriture des lois. Des Partis Pirates (4) à Podemos en Espagne, en passant par la ville de Mexico qui vient de lancer une campagne de réécriture citoyenne de la constitution via le site Change.org (5), ces initiatives offrent des visages très divers selon les contextes politiques et sociaux dans lesquels elles s’inscrivent. Si l’outil numérique ouvre de réelles possibilités pour une réorganisation de la démocratie, il est en effet indissociable de la volonté politique qui le met en oeuvre et définit son champ d’utilisation et d’application effective, pouvant aller de la simple consultation sur une question particulière à l’auto-organisation par la prise de décisions horizontale systématique.

Pour Martin, directeur de projet chez Democracia en Red, c’est dans le développement d’espaces virtuels de discussion permettant la participation de tous au processus législatif que se trouve la clef de voûte de la démocratie de demain et l’alternative à un système représentatif considéré comme obsolète. À la confiscation de la parole et de la légitimité par des professionnels de la politique, Democracia en Red oppose donc une vision de la démocratie fondée sur un principe formel. Plus que le contenu des décisions législatives, c’est la manière dont elles sont prises qui importe pour cette organisation qui se définit comme “post-idéologique”. Ce qui compte, c’est que les gens s’informent, débattent et votent les propositions qui concernent leur vie quotidienne. La quantité et la diversité des voix permises par internet seraient donc le gage d’une démocratie véritable : “Nous pensons que quand une décision implique plus de gens, elle est meilleure. Ce n’est pas forcément la meilleure en termes techniques, mais parce qu’elle implique le plus de gens, car c’est ça qui nous manque”, affirme ainsi Martin. Selon lui, les nouveaux outils technologiques permettent la création d’un réseau virtuel entre les citoyens grâce auquel se tisse un espace commun par delà les intérêts privés, redonnant son sens au politique. En outre, cet espace de discussion constitue aussi un véritable espace de formation : contre l’idée souvent invoquée pour critiquer la démocratie directe que seuls des gens formés, des experts, peuvent prendre les bonnes décisions, Democracia en red soutient une vision non figée de la répartition du savoir et du pouvoir qui lui est lié. Une idée largement développée par le philosophe Habermas pour qui, dans un espace public fondé sur la discussion, se développe une forme de rationalité dite “communicationnelle”, autrement dit des savoirs et des compétences qui émergent directement du débat citoyen et ont donc la vertu de pouvoir être également répartis entre les individus. L’idée que lorsque les gens participent, ils s’informent et développent les savoirs nécessaires à cette même participation est d’ailleurs au coeur du système judiciaire démocratique français, où les jurés sont tirés au sort parmi les citoyens.  

C’est donc à la création d’un tel espace de discussion que s’est attelé DEMOS, un projet mis en place par la fondation en 2014 qui consistait à faire débattre et voter par les citoyens de Buenos Aires des propositions de lois publiées par des députés sur la plateforme avant d’être présentées au Congrès. Dans sa forme même, cette expérimentation correspond déjà à un degré limité de participation dans la mesure où seuls les députés pouvaient y faire des propositions de loi et où le vote des citoyens n’entraînait pas l’application directe de la loi. Elle constitue néanmoins un laboratoire intéressant pour comprendre les enjeux liés à la constitution d’un espace virtuel de discussion et d’intérêts communs. La proposition du député du Frente de Izquierda y de los Trabajadores (Front de Gauche et des Travailleurs), Marcelo Ramal, sur la réduction du temps de travail des infirmières, constitue ainsi pour Ana, anthropologue et chercheuse associée à Democracia en Red, un cas d’école. Quand on analyse les commentaires, explique-t-elle, on observe que beaucoup de femmes font la distinction entre leur avis en tant qu’infirmière et leur avis en tant que citoyenne, qui paye des impôts ou fréquente l’hôpital par exemple. Et si on observe peu de changements de position des participants entre le début et la fin des débats, on remarque cependant une valorisation de l’avis d’autrui au fil de la discussion de type  “on n’est pas d’accord, mais je comprends ton point de vue”.

C’est donc avant tout dans ce nouveau type de réseau qui décloisonne les perspectives et permet des discussions entre des individus que les formes traditionnelles de participation et de militantisme politiques n’amèneraient pas habituellement à se rencontrer, que résiderait la démocratie du futur. Si cette vision habermassienne d’une démocratie fondée sur l’échange et la construction de l’intérêt commun dans la discussion est séduisante, elle interroge néanmoins. Car pour être participative, la démocratie doit-elle nécessairement être “post-idéologique”? Sur ce point les deux fondateurs sont très clairs : si Democracia en Red est post-idéologique, c’est parce que ses membres considèrent qu’il faut  “travailler au plus près de la vie quotidienne des citoyens et pas sur des questions morales ou macroéconomiques”. “Aujourd’hui, une personne jeune ne pense pas à la crise du capitalisme, mais elle a une vision plus réduite, la politique intéresse au cas par cas” affirme Martin. Mais si cette affirmation était vraie, faudrait-il pour autant encourager une telle vision de la politique? Fonder la démocratie de demain sur une participation “au cas par cas” qui n’interroge pas les structures économiques et politiques ne revient-il pas à taire les relations de pouvoir qui traversent la société? Peut-on par exemple poser la question du temps de travail des infirmières sans poser la question du budget de la santé publique, du rôle de l’Etat et donc, plus largement, du modèle libéral? Cette problématique est d’ailleurs soulevée par certains commentaires des participants au projet DEMOS, qui soulignent que la réduction du temps de travail pour un salaire égal entraînerait une augmentation du nombre d’infirmières nécessaires et donc une augmentation des impôts. Cette équation est, dans la plupart des commentaires, présentée comme un “fait” à prendre en compte, et non à discuter puisque DEMOS ne s’occupe pas de “macroéconomie”.EComme le rappellent Ana et Martin, Democracia en Red est une organisation jeune, qui n’a pas pour ambition de remplacer en bloc le système actuel et de résoudre tous ses problèmes par la “magie de la participation”, mais de proposer un espace nouveau d’expression et d’échange. Mais si l’idée de donner à chacun les outils pour s’informer, construire et exprimer son avis sur les questions qui concernent sa vie quotidienne représente un enjeu de la démocratie à venir, il semble tout aussi important de ne pas dépolitiser les problématiques locales ou particulières en n’interrogeant pas le cadre idéologique, politique et économique dans lequel elles surgissent, sous peine de faire le jeu de ce cadre en l’ignorant. Si l’outil offre des potentiels à la démocratie, il reste donc dépendant du monde dans lequel on l’utilise et ne saurait avoir de potentiel transformateur en soi. En termes politiques, il est clair que l’utilisation des outils numériques démocratiques est jusqu’à présent majoritairement mise en oeuvre “par le haut”, comme dans le cas de Mexico ou de DEMOS, et donc circonscrite à des champs limités et des problématiques ponctuelles. Or, tant que les processus numériques de discussion et de décision seront confinés au rang d’expérimentations ultra localisées et accordées ponctuellement, on ne pourra véritablement en apprécier la portée démocratique. Pour que les outils de participation politique soient pris au sérieux par les citoyens il faut qu’ils le soient également par les institutions, reconnus en principe et juridiquement comme mécanisme inhérent au fonctionnement du système politique. Leur mobilisation ne dépendrait alors pas uniquement du bon vouloir des représentants et les résultats de la participation citoyenne trouveraient automatiquement une traduction légale. L’expérience islandaise peut faire office de contre-modèle sur cette question du devenir de la participation citoyenne (6). Suite à la crise politico-économique de 2008 et à la démission du gouvernement en place, un processus de réécriture de la constitution est entamé, en réponse à une demande qui émane des manifestants de la place d’Austurvollür, à Reykjavik. Des membres de la société civile composent une commission de vingt-cinq personnes, chargée de mettre en forme les propositions produites par le “Forum National”, une assemblée citoyenne tirée au sort et réunie le temps d’une journée. Durant ce processus les réseaux sont utilisés comme espaces de recueil des voix citoyennes et de diffusion des versions de travail de la constitution. Le texte final n’a cependant pas été adopté, les gouvernements élus entre-temps lui étant ouvertement hostiles. Alors qu’on invoque souvent contre les formes directes de démocratie l’absence d’envie et d’investissement des citoyens, qui préféreraient déléguer leur pouvoir pour se replier sur la sphère privée, on peut donc penser que ce repli est justement dû à l’absence de répercussions concrètes des processus participatifs concédés par les gouvernants.

De plus développer des espaces d’échange ou de prise de décision en ligne ne saurait suffire à assurer que tous les citoyens les investissent et se les approprient de façon égale, ce que rappelle Martin : “avoir l’outil et savoir l’utiliser sont deux choses différentes”.

Ainsi une des premières questions qui se pose pour apprécier la portée du dispositif est celle des publics ayant pris part à DEMOS. Malheureusement l’organisation ne possède sur le sujet que des informations partielles, fournies par Google Analytics et portant sur l’âge et le genre des personnes ayant visité le site mis en place par la ville (7)À travers ces données on peut néanmoins observer la recomposition attendue d’une nette inégalité de participation en fonction de l’âge des citoyens. Les 18-34 comptabilisent ainsi plus de 60% des visites du site alors qu’ils représentent moins de 30% de la population (8). Sans dispositif de médiation pensé et développé à cet effet nous risquons de voir se reporter dans les processus de participation les inégalités déjà existantes face aux outils numériques.

Dans le cas de DEMOS, l’effet de fracture générationnelle a par exemple certainement été renforcé par les voies de diffusion du projet. Car si l’expérience a bénéficié de relais dans la presse traditionnelle (plus de cinquante articles lui ont été consacrés), la majorité de la communication dédiée a été réalisée en ligne. L’équipe de Democracia en Red constate ainsi que les projets défendus par des députés particulièrement actifs sur les réseaux sociaux ont été les mieux relayés et sont ceux qui ont entraîné la plus grande participation. La seule diffusion et communication en ligne de l’information laisse donc de côté une grande partie de la population, que ce soit faute d’accès ou de maîtrise des outils (en France par exemple, une étude de l’Observatoire des Inégalités (9) montre qu’en 2015, seule la moitié de la population française était présente sur les réseaux sociaux). Pour rendre viable un processus politique en ligne il faudrait donc assurer une complémentarité des formes de diffusion et déployer les moyens de communication adéquats.

Mais si la diversité des formes de diffusion mises au service du processus de vote parait essentielle pour s’assurer que celui-ci soit parfaitement visible et que tous aient la possibilité d’y participer, cet aspect est loin d’assurer à lui seul l’appropriation démocratique de l’outil. D’autres types d’inégalités résistent en effet à l’apparition d’une technologie apparemment ouverte à tous. Tout d’abord prendre part à des dispositifs de discussion et de décision implique d’avoir suffisamment de temps à y consacrer. Il est impossible de penser une utilisation démocratique de ces outils sans s’assurer que des temps puissent être dégagés et rémunérés pour que chacun puisse y prendre part pleinement. Cela impliquerait la mise en place de structures d’indemnisation et l’adoption de lois garantissant à tout individu un temps minimum pour se consacrer à la vie politique. Dans le cas de DEMOS la distribution d’ordinateurs assurée par le Front de Gauche et des Travailleurs dans les hôpitaux a par exemple permis de lutter contre l’inégalité matérielle face à l’outil et semble avoir joué un rôle dans l’importante participation des infirmières au processus.

Mais les inégalités face à l’outil ne sont pas uniquement matérielles et ne sauraient donc être supprimées par le simple accès aux ordinateurs. Car aussi bien pensé qu’il soit, celui-ci ne s’affranchit jamais du contexte social dans lequel il est créé. Liquid Feedback, plateforme utilisé par le parti Pirate, est née dans des milieux pétris d’une culture hacker, dans laquelle la discussion en ligne et la participation active à des forums est centrale. Democracy OS un des outils proposé par Democracia en Red a été développé par des personnes issues de milieux universitaires dans lesquels l’écrit est encore quasiment l’unique forme d’expression valorisée. Or la participation à un forum en ligne n’a rien d’évidente et la maîtrise de la forme écrite peut fortement agir comme élément discriminant, ce qui peut expliquer une moindre participation à un dispositif ouvert et un marquage sociologique fort des populations qui y prennent part. Ces mécanismes excluant se superposent alors à ceux déjà existants comme le sentiment d’illégitimité face à la participation politique, phénomène que Daniel Gaxie nomme le “cens caché” (10). Il est donc nécessaire de penser les actions culturelles et pédagogiques qui doivent accompagner ces outils pour ne pas perpétuer un système inégalitaire tout en prétendant s’en affranchir. On pourrait par exemple envisager d’incorporer dans ces espaces une diversité de médias  pour que l’écrit n’y soit pas la seule forme légitime d’expression. Avec la campagne #OnVautMieuxQueÇa (11) on a ainsi pu assister en France a une véritable libération de la parole via l’utilisation du format vidéo. Il faudrait alors également assurer des formations aux médias (vidéos, sonorore…) pour que chacun puisse trouver une façon de donner corps à sa parole. 

Cet enjeu de l’appropriation des outils et de l’apprentissage des formes de participation en ligne est d’ailleurs au coeur de SOLE Argentina (12), un autre des projets mis en place par Democracia En Red. “Toute une partie de notre travail a lieu dans les écoles de Buenos Aires. On cherche à y développer l’usage des nouvelles technologies, mais un usage critique”, explique Martin.

SOLE (Self Organize Learning Environment) est un projet porté par Sugatra Mitra, docteur en technologies de l’éducation, qui défend une pédagogie dans laquelle les élèves apprennent à résoudre un problème en groupe en se servant d’Internet pour rechercher les informations dont ils ont besoin. Celles-ci sont ensuite triées et traitées avec l’aide d’un professeur dont le statut passe ainsi de celui d’une autorité toute puissante à celui d’un accompagnateur attentif. Ce projet qui cède pour beaucoup à la tentation d’un prophétisme technologique (rien de moins que “the future of education”) reprend néanmoins à son compte plusieurs idées développées par des pédagogies du début du 20ème siècle, comme les modèles pédagogiques proposés par Freinet (13) qui travaillaient déjà sur la question du rapport collectif au savoir et sur la déconstruction de la figure d’autorité du maître. SOLE propose une manière intéressante d’aborder la problématique de l’éducation aux outils numériques et au traitement de l’information sur Internet, problématique inévitable si l’on prône le recours citoyen aux nouvelles technologies.

Il est donc clair que le développement des outils de démocratie en ligne ne peut se faire sans actions d’éducation, de médiation, sans que s’ouvrent des espaces d’échanges et que des structures légales et financières puissent assurer à tous la possibilité de s’impliquer. Difficile donc d’imaginer une démocratie en ligne uniquement par le prisme de l’outil et il nous faut nécessairement envisager le système social, culturel et économique dans lequel de nouveaux rapports politiques pourraient se déployer.

Enfin, penser les outils de la démocratie de demain implique nécessairement d’identifier les acteurs qui les développent. Si les plateformes d’échange et de prise de décision viennent à prendre une importance croissante dans le fonctionnement de nos systèmes politiques on ne peut faire l’économie de savoir qui en assure la gestion et selon quelles modalités. Outre la question de la fiabilité des technologies utilisées (comment s’assurer qu’un processus citoyen ne puisse pas être hacké?), la raison d’être même des organisations spécialisées en technologies citoyennes pose également question. En effet les “civics techs” sont considérées dans l’industrie informatique comme un marché prometteur. Des entreprises comme Google investissent des sommes importantes dans le développement de projets liés à ce domaine. Or, l’investissement de grands groupes capitalistes dans des outils visant à transformer les démocraties pose évidemment la question du glissement des lieux de pouvoir vers le secteur économique. Car au-delà de la nécessaire transparence des systèmes de financement, la conception même des outils citoyens comme objets de financiarisation parait intolérable. Parmi les mécènes de Democracia en Red, on trouve par exemple Y Combinator (14), un groupe de la Silicon Valley qui travaille à faire des start-ups un “produit rentable pour les investisseurs intéressés” (15). L’idée que la “démocratie du 21ème siècle” ait des comptes à rendre à des investisseurs est tout à fait problématique. Il est donc impératif de défendre une conception citoyenne de ces espaces et s’assurer qu’ils puissent être financés publiquement et gérés de façon transparente.

Article par Camille Ferey et Antonin Fournier


Notes :

1. Entretien avec Martin Galanternik et Ana Lis Rodriguez Nardelli, avril 2016.
2. http://democraciaenred.org/
3. http://wiki.partidodelared.org/index.php/P%C3%A1gina_principal
4. https://www.mediapart.fr/journal/france/070612/le-parti-pirate-prend-la-politique-hacker
5. https://www.change.org/
6. http://www.laviedesidees.fr/Existe-t-il-une-exception-democratique-islandaise.html
7. demos.legislatura.gov.ar
8. Les 15-34 représentent 30,8% de la population en 2010, d’après les données de la Ciuadad Autonom de Buenos Aires.
9. http://www.inegalites.fr/spip.php?page=article&id_article=467
10. http://www.persee.fr/doc/reso_0751-7971_1987_num_5_22_1237
11. http://www.onvautmieux.fr/
12. http://www.soleargentina.org/
13. https://fr.wikipedia.org/wiki/P%C3%A9dagogie_Freinet
14. https://www.ycombinator.com/
15. http://www.infobae.com/2015/03/14/1715897-el-crecimiento-del-partido-la-red-y-su-origen-silicon-valley
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